Tour Chappe N° 190 Courtils ( TC50CO )

Mis à jour le 11-10-2016
Eglise Saint-Pierre de Courtils

Cartographie :

Vue satélite de la tour Chappe de Courtils Carte routière de la tour Chappe de Courtils

Livres à consulter :

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Commune du département de la Manche, poste (3*) de la ramification Avranches-Rennes-Nantes. E. Le Hericher, dans "Avranches monumental et hist., avril 1865. T.1.", conte en page 349 : "... sur le point culminant, position admirable d'où l'on embrasse tout le cercle de l'horizon, s'élève l'église surmontée d'un télégraphe...". - Eglise Saint-Pierre XIIe - Dans "Revue de L'Avranchin" T 47 1970 - page 135 : "Eglise Saint-Pierre dévastée à la révolution - réouverte en 1800 - Courtils se compose presqu'exclusivement de deux villages : Haut Courtils où se trouve l'église surmontée jadis d'un télégraphe et bas Courtils situé le long du littoral". Il ne subsiste que l'église.

Ses correspondants : Avranches N° 6 et Curey.

Archives FNARH (Source : Y. Lecouturier)

N° 1097 La dépêche N° 25

Le bourg de Courtils est situé au sud, sud-ouest d'Avranches et est traversé par la D43. C'est un lieu de passage privilégié pour les touristes venant d'Avranches ou de St Hilaire du Harcouët qui désirent visiter le Mont St Michel en longeant la côte.

Cette coquette bourgade se trouvait sur l'axe de la ramification Avranches-Nantes. Les réalisateurs de cette dernière choisirent d'installer le télégraphe sur le clocher de l'église construite sur la partie haute de la commune. "Dans son ouvrage "Avranchin", l'historien local E. Le Héricher écrit "Sur le point culminant, position admirable d'où l'on embrasse tout le cercle de l'horizon, s'élève l'église surmontée du télégraphe", puis, continuant sa description, ajoute un peu plus loin "Un couronnement en larges dalles percé de fenêtres barrées trilobées a été ajouté à la tour vers le milieu du XVIème siècle, renferme la sonnerie et supporte le télégraphes."

Alors que par la route il faut compter une douzaine de kilomètres pour se rendre d'Avranches à Courtils, la distance à vol d'oiseau entre la direction télégraphique située boulevard du Sud et le télégraphe de Courtils, était d'environ 7 150 mètres.

Il faut attendre la séance du Conseil municipal du 12 novembre 1854 pour prendre connaissance de la convention établie entre l'administration télégraphique et le Conseil municipal de Courtils.

Le maire met alors sur le bureau une pièce ainsi rédigée :

"Ce jour 24 novembre 1832, il a été convenu entre M le Maire de la commune de Courtils, Léonard Trochon, et Offroy, inspecteur de télégraphe, chargé de l'établissement des postes télégraphiques depuis Avranches jusqu'à Rennes, ramification de Nantes, stipulant pour la commune et l'administration télégraphique, que cette dernière avait dès ce moment autorisé le télégraphe sur la Tour de l'Eglise de Courtils mais à condition que pour faire cet établissement, les cloches et le chariot qui les supporte ne descendront que de deux pieds de leur position actuelle, que si la tour venait à tomber ou seulement à se dégrader par le fait de cet établissement, l'administration télégraphique ferait tout construire ou réparer à ses frais. Il est encore convenu que si la ligne télégraphique venait à être supprimée, la dite administration serait obligée de tout rétablir dans l'état actuel qui se trouve assez indiqué parcoure des pignons supérieurs de la dite tour, qui ne seront pas démolis. Toutes les ferrures qui vont être établies pour consolider les murs de la dite tour, dans tous les cas, resteront propriété de la commune.

Comme cet établissement pourrait produire des dégradations à l'église, elles seront, comme les autres parties, toutes aux frais de l'administration télégraphique.

signé : Trochon, Maire - A. Offroy et l'administrateur en chef : Alphonse Foy"

"Les membres du Conseil municipal, après avoir pris communication de la pièce ci-dessus, ont arrêté à l'unanimité qu'elle devait avoir sa pleine et entière exécution, sans modification aucune, sauf toutefois que les cloches pourraient rester comme elles sont."

En dehors des exigences du Conseil municipal qui sont toute naturelles, on connaît aussi le nom de l'inspecteur chargé de l'établissement des postes de cette ramification. Il semblerait qu'à cette occasion il était accompagné de son supérieur Alphonse Foy.

La séance municipale du 12 novembre 1854 fait suite à l'arrêt définitif du fonctionnement du télégraphe Chappe qui s'est produit en août 1854. Le maire provoque une nouvelle séance sur la dépose du télégraphe le 13 février 1855 à l'occasion de laquelle il donne une nouvelle fois connaissance de la convention ci-dessus ainsi que d'une note de M. Le Préfet relative à celle-ci. Le débat se poursuit ainsi :

"Considérant que le 20 janvier dernier, M. le receveur de l'enregistrement de Ducey s'est transporté sur les lieux aux fins de vendre l'établissement du télégraphe placé sur la tour de Courtils, lequel a cessé de fonctionner le 29 août dernier et que la demande qui lui a été faite d'exécuter la convention sus-relatée et dont copie est jointe à la présente délibération, l'administration des Domaines a répondu d'une manière évasive.

Considérant que la destruction dudit télégraphe causera des dommages importants à la tour et la laissera à découvert et que l'administration télégraphique, représentée comme il est ci-dessus dit, a pris formellement l'obligation de rétablir à ses frais les choses dans leur état primitif c'est à dire de refaire la couverture en ardoises et que cet engagement doit être considéré comme très sérieux, le Conseil municipal ne peut croire que les engagements pris par les administrateurs du télégraphe ne furent qu'un leurre pour tromper la commune.

Considérant en outre que la commune se trouve en ce moment-ci dans l'impossibilité de subvenir aux frais nécessaires aux réparations de la dite tour, toutes les ressources étant employées à la construction d'un presbytère.

Le Conseil municipal prie M. le Préfet de bien vouloir prendre connaissance des différentes pièces ci-dessus et contraindre l'administration des télégraphes à remplir les engagements qu'elle a pris envers la commune par l'intermédiaire de ses administrateurs. »

Ce texte a l'avantage de nous communiquer la date exacte, le 29 août 1854, de l'arrêt du fonctionnement de la dernière ligne télégraphique Chappe de l'ouest, Rennes-saint Brieuc par Avranches. Par ailleurs le Conseil municipal fait part de la crainte qu'il ressent que l'engagement de remettre en son état antérieur le clocher ne soit pas tenu par l'administration.

Le sujet motive une nouvelle réunion du Conseil municipal le 15 mai 1855.

"M. Colin a donné connaissance au Conseil d'une lettre de M. le Préfet en date du 26 avril dernier dans laquelle M. le Prefet propose à la commune de Courtils de faire exécuter elle-même et à s'eschais les travaux nécessaires au rétablissement de la tour de cette commune moyennant quoi l'administration lui abandonne tous les matériaux en provenance du télégraphe sur la dite tour. Le Conseil, après en avoir délibéré, accepte la proposition que lui fait M. le Préfet, malgré la perte que cela peut lui occasionner. En conséquence, le Conseil municipal prie M. le Préfet de vouloir bien lui faire obtenir une indemnité pour dédommager la commune."

On peut constater qu'une commune ne pèse pas lourd à côté d'une administration. D'un côté l'administration essaie de s'en sortir sans trop de frais et profite du peu d'envergure d'une commune parmi d'autres ; d'un autre côté nous avons une commune dont les rentrées fiscales sont calculées au minimum et donc dont les dépenses sont le plus possible réduites, or la remise en état d'un clocher était forcément une dépense très onéreuse.

Un texte un peu différent est rédigé le même jour ;

"Ensuite M. Colin a donné connaissance au Conseil d'une lettre de M. le Prefet en date du 26 avril 1855 dans laquelle M. le Préfet propose au Conseil municipal de la commune de Courtils, de faire exécuter à ses frais les travaux nécessaires à la retiration de la tour de l'église, moyennant l'abandon des matériaux provenant du poste télégraphique établi sur la dite tour, lesquels matériaux sont estimés à une somme de 162 francs 50 - et les travaux à exécuter à une somme de 161 francs 20. Le Conseil municipal après en avoir délibéré, considérant qu'il lui serait impossible de retirer des dits matériaux la somme pour laquelle ils sont estimés, prie M. le préfet de vouloir bien en disposer et accorder à la commune de Courtils la somme de 162 francs 50, prix de l'estimation, moyennant quoi elle se chargera des réparations à faire à la dite tour. "

Le second texte a l'intérêt de porter à notre connaissance les prix estimatifs de la dépose du télégraphe d'une part et de la réparation de la tour d'autre part. Le Conseil municipal avec juste raison certainement, refuse de disposer des matériaux de crainte de ne pouvoir s'y retrouver financièrement.

Les comptes-rendus suivants ne nous éclairent pas sur la façon dont s'acheva cette affaire. On peut supposer que le Préfet prit l'initiative de faire vendre les matériaux par le service des Domaines.

On trouve en revanche, suivie du second texte, la réflexion suivante :

"Si au contraire on ne juge pas à propos d'accorder cette somme, le Conseil municipal prie à M. le Préfet de bien vouloir se reporter à la transaction passée entre la commune de Courtils et les administrateurs des lignes télégraphiques obliger cette administration à remplir cet engagement."

Il semblerait que le Maire n'ait transmit au Préfet que le premier texte car il figure dans un volume où chaque compte-rendu de séance apparait dans l'ordre chronologique, alors que le second texte ne figure que sur une feuille mobile.

Entre l'arrêt définitif du télégraphe le 29 août 1854 et la dernière séance relative à la dépose du système et à la reconstitution de la tour, il s'écoule huit mois et demi. Sans doute de nombreux mois passèrent encore avant que la tour retrouve son caractère primitif, alors que si l'administration avait respecté la convention, le problème eût pu être réglé en quelques semaines. Des démarches administratives et des soucis auraient ainsi été évités au Maire et aux conseillers municipaux de Courtils.


Les desservants

1 - Edouard Desserouet né le 20 mars 1805 à Avranches. Il est le fils de Jacques Desserouet, tailleur d'habits et de Jeanne Leroy. Il se marie le 29 avril 1834 à Courtils avec Rosalie, Alexandrine Andrieu, couturière et blanchisseuse, fille de Jean Andrieu, lieutenant ambulant des douanes. L'un des témoins n'est autre que son supérieur hiérarchique : Adolphe, Charles Serrer, inspecteur des télégraphes à Avranches, ami des époux. Le couple aura 3 enfants : Rosalie, née à Avranches le 1 décembre 1835, Edouard, né à Courtils le 7 septembre 1837, Eléonore, née à Courtils en novembre 1939 et qui décèdera le 03 janvier 1842.

Edouard Desserouet, père, décèdera à son domicile le 10 janvier 1840.

Pendant son activité à la station de Courtils, il servit souvent de témoin lors de naissances, décès ou mariages.


2 - Hardy Jean-Marie, né le 02 février 1808 au Mont Saint Michel, fils de Victor Hardy, cordonnier, et de Louise Goulpet

Il se marie le 21 février 1832 au Mont Saint Michel avec Michèle, Jeanne, Juliette Desplanches, fille de Julien, Michel, Desplanches, agent télégraphique au Mont Saint Michel et de Michèle Blin. Jean Hardy est alors cordonnier comme son père.

Un premier enfant, Constant, naît le 27 novembre 1832 au Mont Saint Michel. Un second naît le 08 mars 1836 à Courtils : Ernest.

Jean Hardy desservira également la station de Curey, située immédiatement après celle de Courtils en direction de Nantes.


3 - Payen Emmanuel, né en 1811 à Servon. Il est le fils de Charles Payen, charpentier et de Jeanne Desfours, cultivatrice à Courtils.

Son nom figure pour la première fois comme témoin au mariage de sa soeur le 08 juillet 1841. Il a très certainement remplacé Edouard Desserouet.

Marié à Emérentine, Adèle Maufras, cultivatrice, le couple verra la naissance d'un fils, Emmanuel, le 05 juillet 1848. Ce dernier décèdera au bout de quelques mois le 04 mars 1849.

A son tour, son épouse Emérentine, mourut le 21 septembre 1850, âgée de 28 ans.

Payen se remarie à Louise, Adèle Davy, propriétaire, âgée de 18 ans. Un enfant, Louis, Emmanuel naît le 07 mars 1854.

Puis un acte daté du 01 mai 1856 nous annonce "qu'hier 30 avril 1856, est décédé cher lui, Emmanuel, Jean Payen, agent télégraphique, 45 ans".

On sait que le télégraphe Chappe s'est arrêté de fonctionner le 29 août 1854. Payen étant signalé agent télégraphique à son décès, on peut penser qu'il exerçait une surveillance de la ligne de télégraphie électrique Saint Lô - Cherbourg ou peut être encore Saint-Lô - Granville.


4 - Veron Auguste, né à Ger (autre site télégraphique), le 23 avril 1815.

Sa présence à Courtils se fait par la déclaration de naissance de son fils Auguste, né le 17 juin 1842 de Suzanne, Marie, Louise Jume, 20 ans

Il remplace Jean-Marie Hardy, muté à un autre poste.

En 1846 ou 1847, il sera muté à la station de la Bruyère-Aubouin.


5 - Angot Guillaume, Théodore. Son nom figure comme témoin en 1848 et 1849. Il vient du poste de la Bruyère-Aubouin.

Il serait né en 1808. Il semblerait qu'il était célibataire.


En vingt ans et demi, la station de Courtils aura été desservie par au moins cinq agents. La présence la plus longue, 7 ans, aura été celle d'Edouard Desserouet, interrompue par sa mort.

Deux agents auront perdu chacun un enfant. L'un d'eux, Payen, perdra de surcroît son épouse et mourra lui-même jeune, à 45 ans.

A cette époque on ne savait pas encore soigner les épidémies et l'hygiène laissait fort à désirer. Ceci explique sans doute en partie, que nombre de personnes disparaissent jeunes ou très jeunes.

Action posthume d'Edouard Desserouet "Sauvetage dans les grèves d'une voiture chargée de pain destiné à la maison centrale du Mont Saint Michel.

Plusieurs artistes en chaussures de notre ville ( Avranches ) revenant dimanche dernier de rendre, en lacommune de Courtils, les honneurs funèbres à un collègue émérite, M. Desserouet. qui après avoir délaissé les agréments de la manique pour l'existence plus élevée de l'agence du télégraphe était allé chercher plus haut encore le prix de ses doubles services aperçurent, vers les cinq heures du soir, près de disparaître dans les lises, une voiture chargée de pain qu'ils avaient vue à leur passage s'engager dans les grèves. Le chargement était destiné à la maison centrale du Mont St Michel : les malheureux voituriers et les chevaux exténués par les efforts, ne pouvaient parvenir à se dégager du danger qui devenait de plus en plus imminent. N'écoutant que leur courage, les disciples de l'un des saints les plus gais du paradis s'élançèrent au secours des charretiers embourbés, et, excitant les chevaux de la voix et de l'exemple, parvinrent à arracher cet attelage à une perte immédiate et certaine. MM. L'Evêque, ramoneur, et Poncet, peintre-vitrien qui étaient au nombre des cordonniers, parmi lesquels nous devons citer M Rioult, ne contribuèrent pas moins au sauvetage de cette voiture.

L'article nous fait découvrir que Desserouet était cordonnier avant de devenir stationnaire.

Comme on peut le constater, il avait conservé de solides amitiés dans ce milieu.

A cette époque où la digue n'existait pas, l'accès au Mont St Michel était très dangereux. Les marées et le déplacement constant des sables et de la lagune par celle-ci, ne permettaient pés de créer un itinéraire fiable. Des pèlerins solitaires, des pêcheurs, des voituriers avec leurs chevaux y laissèrent la vie en s'enfonçant inexorablement dans les sables mouvants.

Ce jour là, grâce à des collègues venus lui rendre un dernier hommage, des voituriers et leurs chevaux furent sauvés.

Pierre PRIEUR

Archives FNARH :

Y. Lecouturier

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