Tour Chappe N° 272 Habloville ( TC61HA )

Mis à jour le 11-10-2016
Tour Chappe d'Habloville

Cartographie :

Vue satélite de la tour Chappe de Habloville Carte routière de la tour Chappe de Habloville

Livres à consulter :

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Voir "Habloville".

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Commune du département de l'Orne, poste (25*) de la ligne Paris-Brest. La station dénommée "Habloville" était située au sud de la commune du même nom, à une altitude de 253 m, à l'est de la localité de Giel-Courteilles, près du Jardin, sur une lande ou bruyère appelée les Genièvres, lieu-dit "le Télégraphe" sur la carte I.G.N. Construction de type tour carrée de 4,2 m de côté et de 5 m d'élévation. Les postes correspondants : Bailleul se trouvait à environ 12 kilomètres, Sainte-Honorine-la-Guillaume à 13 kilomètres. Pour l'histoire, ce poste fut incendié une première fois par les Chouans le 29 mai 1799 et de nouveau attaqué par eux dans la nuit du 12 au 13 août 1800. Le 22 ou 23 mai 1830, un mystérieux incendie endommage la station. Depuis les assauts royalistes, le poste avait été doté de protections : au nord-ouest et au sud-ouest, la cour avait été close par un mur de 2,7 m de hauteur, l'arrière du bâtiment et le jardin avaient été pourvus extérieurement d'un fossé profond de 1,3 m, large de 2,3 m. En 1825, la station est érigée au rang de direction pour l'Orne et le Calvados avec des courriers pour Argentan, Falaise et Caen. La direction sera transférée par la suite à Argentan. Il ne reste aucun vestige, si ce n'est une propriété occupant les lieux, "le Télégraphe", ainsi dénommée.

Archives FNARH (Source : Y. Lecouturier, 1988).

N° 2306 Société historique et archéologique de l'Orne Tome XXVIII - 1er Bulletin

Le télégraphe d'Habloville était à peine installé qu'il eut à subir de la part des Chouans que Frotté tentait d'organiser en Basse-Normandie un rude assaut. Avant même que le parti fut en état de lutter et d'espérer le succès, un esprit insubordonné, mais brave, le compromet par une levée prématurée. Billard de Veaux, lieutenant-colonel de l'armée Vendéenne, qui déjà a pris part à l'insurrection de 1795, devance l'ordre de la prise d'armes. Errant depuis trois ans, sous des déguisements, dans le bocage, caché le plus souvent au château de Fontenai, chez Mme de Marescot, il se décide à rentrer en scène et fait appel, pour le seconder, à des déserteurs. Ils sont dix-huit qui se réunissent à l'Anglaincherie. La petite troupe se met en marche et commence par enlever, pour les rançonner, deux riches acquéreurs de biens nationaux, Le Goux, de Bazoches, et Le Béneux, de Neuvi. Signalés, ils ont bientôt à leurs trousses la gendarmerie des environs, des troupes de Caen, d'Argentan et de Falaise qui les cernent à la basse-cour du Jardin où ils ont emmené leurs deux otages. Leurs agresseurs, au nombre de trois mille, auraient eu facilement raison d'eux, mais ils se croient en présence d'un fort parti et lâchent pied. Billard et ses compagnons, après avoir rançonné et mis en liberté leurs otages, en profitent pour se porter sur le télégraphe d'Habloville et le brûlent. Le poste, bâtiment en pierres, de 4m 20 de côté sur 5m de haut est sans défense ; trois des gardiens sont saisis et massacrés ; c'étaient François Leneveu, receveur d'enregistrement à Exmes, originaire du Calvados ; Houdelière, dont l'identité n'a pu encore être déterminée, et Louis Cordier, cultivateur à Joué-du-Plain. Ce dernier était père de huit enfants et sa femme mourut, dit-on, de douleur. Cet événement se passait le 29 mai 1799 ( 10 prairial an 7 ).

Les registres des délibérations de l'Administration centrale du département de l'Orne, sous forme de proclamation, font un récit trop emphatique pour être sincère de cette journée tragique.

"... Déjà, s'écrient-ils, le bruit public vous a appris le massacre que [les brigands] viennent de faire de trois républicains dans le canton de Putanges ; ils ont pris un plaisir barbare à leur donner la mort de la manière la plus lente comme la plus douloureuse ; ils leur ont crevé les yeux, extrait la cervelle, arraché la langue et ouvert le ventre avec le tranchant de leurs sabres ; ils contemplaient avec jouissance ces malheureuses victimes dans les plus cruelles angoisses et croyant que leurs membres palpitants étaient encore susceptibles de douleur, ces tigres ont exercé sur eux des cruautés que les plus barbares n'avaient point encore imaginées... Ecoutez les cris plaintifs, les gémissements de leurs familles éplorées et des amis de l'humanité... "

Tout en déplorant l'acte répréhensible des soldats vendéens dont la vengeance s'exerçait inutilement sur trois pauvres gardiens bien incapables sans doute de résistance, il ne nous est pas possible d'ajouter foi à ces raffinements de cruauté que condamne du reste la nécessité pour Billard et sa troupe d'échapper le plus rapidement possible à la poursuite dont ils étaient l'objet. En effet, ils n'ont rien de plus pressé que de fuir et Billard, après avoir traversé l'Orne au gué de la Folie, se réfugie, sur l'avis du maire de Giel, dit-on, dans les bois de Ménil-Jean, d'où il se dirigeait ensuite vers Bagnoles et d'où il vit incendier, par une colonne mobile venue d'Argentan à leur recherche, le château du Jardin, suspect de servir de retraite aux Chouans.

L'année suivante, le Préfet de l'Orne écrivait au Ministre de la Police générale :

« Dans la nuit du 27 au 28 thermidor an 8 ( 20 août 1800 ) des malveillants ont tenté de détruire le télégraphe situé à une lieue de la commune d'Habloville. Quoique le dommage qu'ils ont occasionné ne soit pas de conséquence puisqu'il a été réparé en moins de deux heures, je regarde cet évènement comme de la plus haute importance. Ce fut par l'incendie de ce même télégraphe que commença dans ces contrées la guerre civile... »

Et le Préfet ajoute que des informations ont été prescrites au sous-préfet et au juge de paix de Putanges, que six individus dont les noms sont connus sont soupçonnés et qu'un arrêté a été pris pour assurer la protection du poste par la Garde nationale.

Lors de cette tentative échouée notre télégraphe était en reconstruction. Il fut rendu à son état primitif à la fin de 1800.

En 1825, une direction fut créée à Habloville pour desservir l'Orne et le Calvados. Elle communiquait par des courriers avec Argentan, Falaise et Caen. Il fut question de la transporter à Guibray, sur la demande du directeur, M. de Conseil, qui se plaignait de l'isolement du poste, mais le projet n'eut pas de suite.

Le 22 mai 1830, un nouvel incendie éclatait dans les bâtiments. Sans les secours rapides, venus des communes voisines ils eussent été anéantis. L'esprit révolutionnaire se manifestait de nouveau et l'on dit qu'il ne fut pas étranger à l'évènement. La conséquence fut le transfert de la direction à Argentan.

Aucun trouble ne vint dès lors suspendre les communications de ce télégraphe. Pendant quinze années encore il fonctionna jusqu'au jour où, démodé, arriéré, supplanté, il dut céder la place à la découverte qui allait bouleverser le monde et donner aux relations tant commerciales que privées un si puissant essor.

Le 20 avril 1854, l'appareil qui avait coûté tant de labeur à Chappe, jusqu'à sa vie même, et qui avait excité l'enthousiasme de la Convention, était vendu misérablement ; le 11 octobre 1855 l'Etat mettait en adjudication, à Habloville, le terrain et le corps de bâtiment du poste1.

Ce fut M. le comte de Caulaincourt, propriétaire du château du Jardin, qui s'en rendit acquéreur, moyennant sept cents francs et qui, plus tard, les mit à la disposition de M. l'abbé Vauloup, ancien curé de Bivilliers, autorisé, en 1870, par Monseigneur de Sées, à fonder un orphelinat de garçons sur la commune d'Habloville2.

Les bâtiments, sans grand intérêt d'ailleurs, ont disparu3, mais nous devons regretter surtout le grand mât à régulateur qui, mystérieusement les jours de temps clair, battait des ailes, quand ses gardiens, pour vaquer plus aisément à leurs affaires, n'invoquaient pas quelque brouillard imaginaire à l'horizon.

1) Vente pour Habloville le jeudi 11 octobre 1855, devant le Maire, délégué par le Préfet.

Le terrain sur lequel a été construit le poste télégraphique aérien supprimé d'Habloville, situé dans la commune de ce nom et appartenant à l'Etat, est entouré de haies et de fossés et forme un carré presque régulier ; il a accès sur le chemin vicinal d'Habloville à la Courbe et il contient 15 ares environ. Au coté N. de ce terrain se trouve un puits mitoyen avec le fonds voisin et près de ce puits un petit bâtiment qui appartient à l'Etat ainsi que le bâtiment principal.

La mise à prix du sol et des bâtiments sera de 675 fr.

2) Almanach de l'Orne, 1870. - L'emplacement de l'ancien télégraphe d'Habloville est aujourd'hui la propriété du vicomte Guy Dauger, petit-fils du Comte de Caulaincourt.

3) M. Vimont le visita en 1885. Des sapins élevés entouraient le poste, construction carrée de 4 m. 20 de côté. Le premier étage servait de dépôt de charbon, une large fenêtre donnait accès, au sud, à un balcon en bois sur lequel étaient placés les appareils, servant à transmettre les signaux au Repas ou à Bailleul. La maison du directeur était à 12 m. vers l'est. Elle était habitée par les fermiers de M. de Caulaincourt ; à l'intérieur boiseries sculptées et tableaux genre 1er Empire, salle à manger et salle de billard remarquables ( Bull. Flammarion, 15 juin 1885, p. 194, et 15 nov. 1885, p. 357 ).

N° 2302 Le Pays Bas-Normand Troisième année - N° 1 Janvier - Février - Mars 1910

Archives FNARH :

Y. Lecouturier (1988)

Index des illustrations :

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