Tour Chappe N° 368 Les Clayes-sous-Bois ( )

Mis à jour le 11-01-2016
Les Clayes-sous-Bois
Indicatif de la tour Chappe de Les Clayes-sous-Bois
 
Type : Tour carrée
Utilisation : Entre 1798 et 1852
Ligne : Paris - Brest ( Poste N° 6 )
Tour précédente : Bailly ( Trou d'Enfer )
Atlas de Kermabon
Suivante : 5 800 m
Hauteur : 135 m

Cartographie :

Vue satélite de la tour Chappe de Les Clayes-sous-Bois Carte routière de la tour Chappe de Les Clayes-sous-Bois

Livres à consulter :

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Commune du département des Yvelines, ligne Paris-Brest. La station (6*) dénommée "les Clayes" se situait au lieu-dit le "Bois des Bruyères", où il subsiste le vestige d'une tour en ruine. Les postes correspondants : Bailly se trouvait à 7,5 kilomètres, Neauphle-le-Château à 6 kilomètres.

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Voir Clayes-sous-Bois (Les).

N° 1084 La dépêche N° 12

(...)

un an plus tard, les malveillances réitérées, les fautes s'accumulent entravant le fonctionnement de la ligne. L'agent Blancheton, "le dormeur du télégraphe", est licencié et remplacé sur le champ.

Le 10 Thermidor An X (28 Juillet 1802)

L'ingénieur télégraphe au citoyen Blancheton, agent télégraphique aux Clayes

Par ma lettre du 24 Messidor dernier (13 Juillet 1802), je vous ai prévenu que vous ne deviez plus compter sur mon indulgence et que je vous ferais remplacer si l'inexactitude que vous apportez dans le service continuait. Cette lettre n'a produit aucun effet sur vous. Depuis le 1er de ce mois (20 Juillet 1802) je compte sur votre poste dix « suspensions d'absence » parmi lesquelles il s'en trouve une d'une heure et demie arrivée dans l'après-midi du 7 (26 Juillet 1802).

Je suis persuadé que les fautes que vous faites ne proviennent pas de mauvaise volonté de votre part et qu'elles sont l'effet de l'assouplissement continuel que vous éprouvez et du besoin irrésistible de dormir qui ne vous permet pas d'avoir continuellement l'oeil à la lunette. Mais l'incommodité d'un stationnaire qui peut, lui seul, faire manquer le service n'est point une raison pour lui conserver son emploi quand elle lui faire des fautes journellement.

J'envoie, en conséquence, le citoyen Tramont pour vous remplacer.

N° 1085 La dépêche N° 13

Eté 1806 (l'Empire a deux ans). En Ile de France, les Clayes, commune rurale du canton de Marly-le-Roy, en Seine-et-Oise, à 12 km de Versailles est un petit bourg à vocation essentiellement agricole. La superficie de son territoire est occupée par des terres céréalières et des espaces boisés. Trois cents habitants y vivent paisiblement au rythme des saisons(1).

La commune a la particularité de posséder depuis huit ans, en haut de la butte dite des Bruyères à l'écart du village, un télégraphe aérien Chappe. On accède au poste par le chemin aux boeufs, étroit chemin raviné et. marotique. Le poste est un petit bâtiment en pierre de cinq mètres de haut, de base carrée de quatre mètres, d'un seul étage, coiffé d'un toit de tuiles à quatre pans. Du toit, émerge le grand mât où s'articule, en haut, les trois pièces en bois de la machine émettrice de signaux. On entre dans la tour de plain-pied. L'accès à l'étage se fait par une échelle intérieure. C'est l'endroit où se trouvent l'appareil à faire mouvoir le télégraphe aérien et les deux longues-vues. L'accès au sommet du toit et au pied du mat-support se fait par une échelle de meunier posée sur un étroit balcon entourant la porte-fenêtre(2).

Le poste des Clayes a été édifié au printemps de 1798 sous le Directoire.

(...)

L'un des agents du télégraphe des Clayes, André, est peu apprécié par la population locale qui désapprouve ses manières habituelles peu recommandables et sa conduite brutale. Elle aimerait bien voir cet individu aller manipuler ailleurs son étrange machine.

Le 12 août 1806, le colèreux André se querelle avec un habitant du village. Au cours de la rixe, André roue de coups son adversaire et le blesse sérieusement. Le malheureux perd son sang en abondance. Curieusement, la victime ne va pas se plaindre au maire de la commune mais auprès du desservant de la paroisse. En voyant la gravité de la blessure du paroissien, l'abbé se rend, en carriole à Versailles, en traversant les villages de Fontenay et de Saint-Cyr et se présente à l'évêché pour raconter "l'histoire" à son supérieur. Il est reçu par monseigneur Louis Charrier de la Roche, premier évêque du diocèse de Versailles, diocèse qui a été créé à la suite du Concordat signé le 15 Juillet 1801 et proclamé à notre Dame le 18 avril 1802. On se souvient que c'est Monseigneur Charrier qui a reçu en sa cathédrale, en 1805, le Pape Pie VII venu à Paris pour sacrer Napoléon 1er (premier aumônier de l'Empereur, il sera fait d'ailleurs baron d'Empire en 1808).

L'évêque de Versailles écoute le récit émouvant du curé des Clayes et prend l'affaire très au sérieux. La victime est-elle un marguillier, le sacristain, le président du Conseil de Fabrique, un paroissien pratiquant ? malheureusement pour nous le nom et l'état de la victime ne sont pas cités dans la correspondance. Ne sachant de quelle autorité dépendent les agents des télégraphes, Monseigneur Charrier de la Roche s'adresse dès le lendemain 13 août au préfet de Seine-et-Oise, Germain Garnier, résident à la Préfecture, 9 rue des Réservoirs, dans l'ancien garde-meuble de la Couronne : "Monsieur le Conseiller d'Etat et Préfet, on vient de me dire qu'un homme appelé André, chargé avec un autre du télégraphe établi aux Clayes près de Versailles s'est battu et a grièvement blessé son adversaire et répandu du sang au grand scandale de la paroisse qui est religieuse et tranquille. Je ne sais à quelle autorité il faut s'adresser pour réprimer ce délit, mais je sais que cette commune désire qu'il soit remplacé par un autre. Si vous pouvez lui rendre ce service, j'en partagerai toute la reconnaissance..."

Mais le préfet Garnier qui ignore apparemment que le service des Télégraphes dépend du ministère de l'Intérieur depuis plusieurs années et non plus du ministère de la Marine expédie le 23 août une courte note au Contre-Amiral Denis Decres, ministre de la Marine et des colonies : "Excellence, je suis informé qu'un nommé André, chargé de la direction du télégraphe établi sur le territoire de la commune des Clayes, route de Bretagne, mêne dans cette commune une conduite peu régulière, que dernièrement il s'est battu, qu'il a grièvement blessé son adversaire et qu'il y a eu effusion de sang. Le trouble que cet individu met dans la commune fait désirer son changement. Cela m'est demandé particulièrement par Mgr l'Evêque de Versailles. Vous jugerez peut-être convenable d'acquiescer à cette demande si vous n'y trouvez pas d'inconvénient..."

Trois jours plus tard, le ministre Decres répond au préfet de Seine-et-Oise : "Je vous préviens, monsieur, que j'ai fait le renvoi au ministre de l'Intérieur de la lettre que vous m'avez adressée le 23 de ce mois. Tout ce qui concerne le Service des Télégraphes fait partie des attributions de son département et c'est à lui qu'il appartient de statuer sur la demande qui fait l'objet de votre lettre..."

Le ministre de l'Intérieur, Jean-Baptiste de Champigny, au reçu de la lettre du préfet de Versailles, via le ministre de la Marine, la transmet à l'Administration des Ponts et Chaussées pour suite à donner.

L'administrateur, le Comte Jean-Pierre de Montalivet qui a dans ses attributions le Service des Télégraphes dirigé par Chappe l'ainé et Pierre-François Chappe (Claude Chappe est mort il y a un an), après avoir pris avis auprès de ceux ci, répond au préfet de Seine-et-Oise le 17 septembre : "Monsieur et cher Collègue, son Excellence le ministre de l'Intérieur m'a transmis la lettre que son Excellence le ministre de la Marine lui a écrite en lui faisant passer la vôtre du 23 août dernier ayant pour objet de demander le changement de destination du nommé André chargé de la direction du télégraphe établi sur le territoire de la commune des Clayes. Pour opérer ce changement, j'aurais besoin d'indications précises sur les faits imputés à cet individu, car si la conduite irrégulière qu'on lui reproche vient de ses passions et non des ressentiments qui peuvent avoir pris naissance dans cette commune, il me paraîtrait inconvenant d'en exposer une autre à ses écarts et sa destitution deviendrait nécessaire. Mais avant de me décider à prendre un parti à son égard, je vous invite à me donner des renseignements positifs sur les causes du trouble qu'il met, dites-vous, dans sa commune..."

Le 25 septembre, le préfet du département de Seine-et-Oise, commandant de la Légion d'Honneur, Conseiller d'Etat, réclame donc au maire des Clayes des précisions au sujet de l'affaire de "l'irascible télégraphier". "Il m'a été rapporté, Monsieur, qu'un nommé André, chargé de la direction du télégraphe sur le territoire de la commune mène une conduite peu régulière, qu'il y a six semaines environ il s'est battu et qu'il a blessé son adversaire grièvement. Je vous prie de me donner des renseignements précis et détaillés sur la conduite de cet individu, sur ce qui a donné lieu aux voies de faits dont il s'agit, enfin si vous pensez qu'il soit nécessaire de provoquer son changement ou sa destitution. J'attends ces renseignements le plus tôt possible..."

Quelle a été la réponse du maire des Clayes ? Elle ne figure pas, elle non plus, au dossier. Nous avons le sentiment d'être frustré ! Dommage pour nous !

L'agent du télégraphe fut-il maintenu à son poste parce qu'étant un élément, certes coléreux, mais professionnellement compétent ? Le rapport fait par son supérieur direct, l'inspecteur de sa division, était-il favorable à son égard ? L'inspecteur général de la ligne de Brest tenait-il à maintenir coûte que coûte le personnel qu'il avait eu tant de mal à recruter dans les années 1800 ? André a-t-il été muté ailleurs ? mis à pied ? sanctionné ? nous resterons dans le doute.

Il nous reste toutefois sur ce fait divers, une petite note du préfet de Versailles à son secrétaire général : "Il faut laisser tomber cette affaire et n'en reparler que dans le cas où nous y serions provoqués, soit par monsieur de Montalivet, soit par toute autre autorités."

Et tout ceci pour nous faire remarquer qu'en 1806, les brutalités d'un agent de l'Etat provoquèrent l'attention d'un curé, d'un maire, d'un évêque, d'un préfet, de deux ministres, de deux administrateurs et sans aucun doute de deux inspecteurs des Télégraphes(3).

N° 1445 Colloque FNARH 1991 Le Mans. Tome 1
N° 1445 Colloque FNARH 1991 Le Mans. Tome 1
N° 2287 Colloque FNARH 1991 Le Mans. Tome 1 complément
N° 2287 Colloque FNARH 1991 Le Mans. Tome 1 complément
Archives départementales de l'ancien département de Seine-et-Oise
Cadastre napoléonien 1819
Monographie des instituteurs de 1900

Index des illustrations :

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Les Clayes-sous-Bois
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