Tour Chappe N° 369 Ger - Les Herbreux ( TC50GH )

Mis à jour le 11-10-2016
Tour Chappe de Ger

Cartographie :

Vue satélite de la tour Chappe de Ger - Les Herbreux Carte routière de la tour Chappe de Ger - Les Herbreux

Livres à consulter :

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Commune du département de la Manche, ligne Paris-Brest. La station (30*) est dénommée "Les Herbeux", nom de la colline où elle était située, culminant à 343 mètres d'altitude, au centre de la forêt de la "Lande Pourrie", à deux kilomètres du bourg de Ger. La maison des guetteurs sur laquelle fut élevée la tour subsiste, mais à côté de la propriété dénommée à tort "le Télégraphe" (à environ 500 m). Les stations voisines étaient : Saint-Cornier-des-Landes, à 7,2 kilomètres et Saint-Barthélemy à 9,5 kilomètres.

Archives FNARH (Source : Y. Lecouturier, 1988).

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Voir Ger.

N° 1074 La dépêche N° 2

Pour qui emprunte de nos jours la route départementale 83 allant de Ger vers Le Fresne Poret peut remarquer sur sa droite une butte où est catie une petite maison. De 1798 à 1852, celle-ci supporta un télégraphe aérien de la ligne Paris-Brest, ligne demandée par le Ministère de la Marine afin d'être rapidement instruit des événements pouvant survenir sur les cotes de l'Ouest de la France : le télégraphe des Herbreux devint la vingt-neuvième station de la ligne et la première des cinq stations de la Manche.


Une implantation naturelle


Située dans le Mortainais au centre de la forêt de la Lande Pourrie, la commune de Ger fut depuis le Moyen-Age un centre potier de grande réputation. En 1885 existait encore une vingtaine de patrons potiers, mais cette activité prit fin en 1928. En 1944 Ger fut sinistrée à 80%. Longtemps peuplée de plus de 2 500 habitants, du XV° au début du XX° siècle, cela commune est aujourd'hui touchée par l'exode rural et n'est plus peuplée que d'environ 1 100 habitants.

Lorsque Claude Chappe visite les endroits possibles pour l'installation de ses télégraphes, Ger est un commune industrieuse et bien peuplée. Venant de Saint-Cornier-des-Landes (Orne), la butte des Herbreux culminant à 343 mètres d'altitude s'imposait à ses yeux comme site télégraphique. Du haut de cette butte, par temps clair, sept clochers des environs sont parfaitement visibles. Les travaux se déroulèrent entre la fin de 1797 et le début de 1798, à une époque où le calme était revenu dans les campagnes bas-normandes.

Au début de l'année 1795, le comte Louis de Frotté revint en Basse-Normandie pour organiser nombre de petites bandes de chouans en une véritable petite troupe dont le quartier général fut implanté dans la foret de Saint-Jean-des-Bois au sud de Tinchebray. Devant les forces républicaines supérieures en nombre, les chouans ne parvinrent pas à sortir de leur zone d'action et une treve fut déclarée à la fin du printemps 1796.Aussi lorsque la ligne de télégraphie aérienne pénétre en Basse-Normandie, les campagnes sont calmes et le demeurent pendant plus de deux années. Après quelques escarmouches à la fin de 1798, l'action reprit en mai 1799 par la prise et l'incendie du télégraphe aérien d'Habloville prés d'Argentan. A nouveau, pendant prés de deux années, l'insécurité va régner dans le sud de la Basse-Normandie.


Un site isolé


Situé à environ deux kilomètres du bourg de Ger, le poste des Herbreux est isolé en pleine foret. La maison, surmontée d'une petite tour pyramidale supportant les grands bras noirs du télégraphe, ne pouvait loger qu'un stationnaire et sa famille. Aussi son collégue devait-il loger au bourg et parcourir chaque jour le chemin peu sur qui y menait. Deux facteurs contribuérent à cette insécurité : l'un ponctuel, les chouans et l'autre quasi permanent, les loups.

En effet au cours de la deuxième insurrection royaliste, sans doute vers 1799, Lefranc-Granvalet, capitaine de la division de Saint-Jean-des-Bois, accompagné de quatre hommes, prit et désarma le poste des Herbreux alors défendu par vingt hommes. Cet exploit lui valut le sobriquet de "le télégraphe". On ignore toutefois si le poste fut détruit ou incendié. Rapidement construites en temps de paix, les stations n'avaient pas reçu de défenses extérieures et n'avaient comme moyen de protection que la surveillance des habitants des communes environnantes. Le 29 février 1800 Frotté fut fusillé et nombre de chouans déposérent les armes : c'était la fin de la chouannerie normande, qui fut certes une menace pour le gouvernement républicain, mais qui fut toutefois contenue sans jamais pouvoir sortir de sa zone d'action.

En 1815 la station des Herbreux fut à nouveau attaquée par les royalistes. Dans la nuit du 21 au 22 mars, la station fut incendiée, comme celle de Tilléres dans l'Eure et Loir, afin de retarder la depeche du 21 mars annonçant le retour de l'île d'Elbe de Napoléon 1er à Paris. Alors qu'en 1799-1800 la ligne télégraphique n'avait été mise en péril qu'à l'occasion de combats, en 1815 elle est délibérément attaquée pour être neutralisée : la prise de conscience de l'importance de ce moyen de transmission s'était faite.


La compagnie des loups


Si de nos jours la rencontre des loups n'est plus à craindre dans la foret de la Lande Pourrie, les derniers ayant disparu vers 1915, en revanche au XIX° siécle les stationnaires pouvaient entendre hurler ces animaux autour du télégraphe. En novembre 1844, le journal "Le Pilote du Calvados" mentionne qu'un charbonnier a vu passer six loups à 700 métres du télégraphe. En juillet 1847 le journal d'Avranches signale le passage de loups prés de Ger. En juin 1851 ce même journal rapporte que des enfants revenant de l'école trouvaient cinq louveteaux. Aussi quand à la nuit tombée le stationnaire qui, logeant au bourg, regagnait son domicile le faisait-il dans la crainte d'être attaqué par un loup. Autant que nous le sachions, ce fait n'arriva pas, mais cela nous montre dans quel isolement les stationnaires vivaient, n'ayant souvent comme voisins dangereux que les chouans et les loups. Quelquefois des charbonniers travaillant dans la forêt venaient saluer les stationnaires des Herbreux, ce qui rompait leur solitude et les distrayait des hurlements des loups.

Quand la télégraphie électrique s'est définitivement imposée sous le Second Empire, les stations de télégraphie aérienne ont été démentelées et les grands bras noirs ont disparu des campagnes. Les souvenirs de ce premier systéme de communication instantanée sont rares en Basse-Normandie : une tour de 16 métres de hauteur à Saint-Michel-Thubeuf prés de L'Aigle, l'ancienne direction du télégraphe à Avranches et quelques dénominations « Le Télégraphe » ici ou là. Aux Herbreux sur la commune de Ger, la maison des stationnaires témoigne de cette époque. A quelques cinq cents métres, sur la gauche de la même route départementale, une exploitation agricole porte toujours le nom de "le télégraphe". La visite du site nous montre une maison abandonnée depuis quelques années, mais le panorama qu'on y découvre par temps clair reste superbe. Si au cours d'une promenade dominicale vous passez prés de Ger, faites le détour par la butte des Herbreux et retrouvez le souvenir des premiers agents du télégraphe.

N° 2355 Souvenirs sur M. de Frotté et son armée
N° 2354 La combinaison géographique du télégraphe Chappe

Index des illustrations :

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9. Ger ( Manche ). Cyclistes visitant l'ancien télégraphe.
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