Tour Chappe N° 42 Avranches - Direction 8, rue d'Office ( )

Mis à jour le 11-10-2016
Avranches - Direction 8, rue d'Office

Cartographie :

Vue satélite de la tour Chappe de Avranches - Direction 8, rue d'Office Carte routière de la tour Chappe de Avranches - Direction 8, rue d'Office

Livres à consulter :

N° 478 La télégraphie aérienne de « A à Z»

Sous-préfecture du département de la Manche - poste de la ligne Paris-Brest, et 1er poste des embranchements Avranches-Rennes et Avranches-Cherbourg. Avranches n'a été longtemps qu'une station ordinaire (34*) de la ligne Paris-Brest. A l'origine, en 1799, le télégraphe était établi sur la cathédrale Saint-André, dont la voûte s'était effondrée en 1796 mais qui avait conservé ses deux tours occidentales ; d'après l'abbé Pigeon (op. cit. pp. 690-691), il était installé sur la tour nord qui abritait aussi l'horloge et la grosse cloche ; tel est le site avec son télégraphe que Forbes représente sur un tableau de 1804 (AD Manche-Fi-Avranches-Reproduction in Y. Lecouturier, op. cit., p. 231).

Les stationnaires exercent leur métier dans des conditions périlleuses car la tour de leur appareil est lézardée, ébranlée de surcroît par les vibrations qu'entraîne le mouvement des cloches. Au début du XIXème siècle, le maire d'Avranches interdit les sonneries de cloche à toute volée mais n'obtient pas les crédits nécessaires à la restauration des tours. Finalement tout sera démoli en 1812 et, à l'emplacement de la cathédrale, seront aménagées la place Daniel Huet et la Plate-forme.

Le télégraphe doit chercher un nouveau gîte ; attiré, semble-t-il, par les monuments décatis, il le trouve dans les ruines du Château d'Avranches. Sur la terrasse du donjon, dont la voûte sous-jacente est préalablement renforcée, on élève une tourelle carrée, couverte d'un toit à quatre pans, d'où l'expression de "pyramidion du télégraphe" employée par Le Héricher dans sa description du Château (Avranchin monumental et historique t.1 - 1845 p. 11). Une gravure due à de Vauquelin en 1828 (Musée de la Poste - Paris - M673/4073 - Reproduction in FNARH - La télégraphie Chappe, p. 106) schématise le télégraphe mais donne une bonne idée de l'architecture du poste. Par la suite, la tourelle Chappe sera détruite, mais une "impasse du télégraphe" conduit toujours de la rue Maurice Chevrel vers ce deuxième site télégraphique.

Les années 1833-1835 marquent un tournant pour Avranches qui devient carrefour télégraphique avec la création des embranchements de Nantes et Cherbourg et, de ce fait, siège d'une direction.

En janvier 1833, la ramification Avranches-Nantes est mise en service, elle a pour premier poste (Avranches n°6 dans l'Atlas Kermabon) une tour de l'église Notre-Dame-des-Champs, une "tour très mauvaise, hors de son aplomb" (AN. F90/1438 - 9 novembre 1832), à croire que les télégraphes avranchins ne peuvent pousser que sur des édifices prêts à s'écrouler... .

La même année 1833 voit, d'Habloville (Orne) à Avranches, le transfert de la direction télégraphique et la mutation de son directeur, Auguste de Conseil, qui s'installe 8, rue d'Office dans une maison (aujourd'hui rénovée) proche du poste du Château, la direction étant à son domicile ou à l'ancienne mairie (cf. AN. F90/1438 - 25/10/1832 - et F90/19095 ex TO).

En février 1835, entre en activité la ramification Avranches-Cherbourg dont la première station est établie sur l'église Saint-Saturnin (Avranches n°4 de l'Atlas Kermabon).

On en est là quand, en 1836, Victor Hugo fait étape dans la ville d'Avranches où "autrefois, il y avait trois clochers ; maintenant il y a trois télégraphes qui se content réciproquement leurs commérages. Or les bavardages d'un télégraphe font un médiocre effet dans le paysage".

Quels sont ces trois clochers ? à coup sûr, ceux de Notre-Dame-des-Champs et de Saint-Saturnin, mais le troisième ? Saint-Gervais vient à l'esprit mais aucun document ne mentionne un télégraphe sur cette église. S'agit-il d'un clocher sur l'Evêché (cf. Atlas Kermabon : Avranches n°2) ou Victor Hugo aurait-il pris le "pyramidion" du Donjon pour un clocher ?

La dispersion des télégraphes, et peut-être aussi la distance (quelque 350 m) séparant la direction sise près du Château et les postes de Notre-Dame-des-Champs et de Saint-Saturnin, sont à l'origine d'une réorganisation complète des établissements télégraphiques avranchais. En décembre 1834, Jacques Lair, spécialiste en prospection de sites télégraphique, acquiert Boulevard du Sud (actuel n° 47 du Boulevard Maréchal Foch) un terrain sur lequel est construite, d'après Boudent-Godelinière (Essai historique et statistique sur l'Avranchin - 1844 - t.1 p. 244), "une maison bizarre (...) aux yeux de l'observateur", comportant aux extrémités du corps de logis deux tours élevées (reproduction in FNARH. La télégraphie Chappe - p. 242).

La direction et quatre télégraphes - vers Paris, Brest, Nantes et Cherbourg (n° 1, 2, 4 et 5 des "Documents sur la télégraphie aérienne" - Cahier n° 22 - AN F90/19095) - y sont regroupés, comme le précise l'Annuaire du Département de la Manche (années 1848 à 1851) ; la disposition des appareils demeure en partie hypothétique : s'il est prouvé que deux télégraphes étaient piqués sur les terrasses des tours, les deux autres ont pu être plaqués sur leurs façades selon la technique dite "à cadran" (cf. Calais). Cette organisation, beaucoup plus rationnelle, est mise en service en mai 1837 (AN. F90/1439 - 25 mai 1837) et ne sera sans doute plus modifiée.

Au début de 1996, les tours du 47, Boulevard Maréchal Foch, seront démolies. Avoir laissé disparaître un jalon important de l'histoire des télécommunications, le dernier témoin d'Avranches carrefour majeur de la télégraphie Chappe, est fort regrettable.

N° 1093 La dépêche N° 21

La volonté du gouvernement d'établir des lignes télégraphiques sur Nantes et Cherbourg avec création d'une direction à Avranches a certainement été très bien accueillie par Auguste de Conseil qui a appris à cette occasion qu'il était nommé responsable de cette nouvelle direction. Lui, qui n'avait travaillé que dans des villes comme Lille ou Brest en tant qu'inspecteur ou comme directeur à Strasbourg, avait dû souffrir ainsi que sa famille, de se retrouver en ce début d'année 1826 au fin fond de la campagne ornaise, dans le village perdu d'Habloville situé à 15 kilomètres à l'ouest d'Argentant. Les six années que De Conseil, son épouse la malouine Caroline Le Fer de Bonneban et leur deux filles Antoinette et Anne ont vécu dans ce lieu désert, ont dû leur paraître bien longues. En 1926 Antoinette avait 12 ans et sa soeur Anne 9 ans : comment s'est faite leur éducation ? Peut-être ont-elles suivi leurs études à Argentant en tant que pensionnaires ?

L'administration du télégraphe a-t-elle trouvé que la pénitance de ce directeur avait suffisamment duré ? Quoi qu'il en soit, les De Conseil ont sans doute apprécié ce départ pour Avranches, petite ville de province joliment située et où les structures étaient en général satisfaisantes. Auguste De Conseil allait pouvoir de nouveau humer l'air de la Manche et se rapprocher de son village natal : Moon sur Elle ; de son côté sa femme Caroline, n'était plus qu'à 60 kilomètres de Saint Malo.


Le premier travail du Directeur a été de trouver un immeuble pour accueillir à la fois sa famille et lui servir de direction. L'affaire s'est assez bien présentée. En 1816, la mairie avait acquis un immeuble rue d'Office pour y installer ses services mais quelques années plus tard, elle avait acheté un bâtiment plus spacieux. Aussi quand De Conseil est arrivé à la fin de 1832, le maire cherchait à vendre ce bâtiment de la rue d'Office depuis le 21 janvier 1831 pour une mise à prix de 9 000 francs. Dans sa séance du 17 décembre 1832, le conseil municipal autorise "le maire de consentir le bail de cette maison jusqu'au jour Saint Michel prochain à M. le directeur du télégraphe (M. De Conseil) qui en sollicite la location. Le conseil municipal accorde l'autorisation à condition toutefois que le locataire [ soit ] tenu de souffrir dans le dernier mois de sa jouissance les réparations qui pourront être faites à l'intérieur de la dite maison".

Il est étonnant que le maire ait accepté une location alors que le produit de la vente devait être consacré à la construction d'une halle. Sans doute de Conseil avait-il de bonnes raisons pour ne pas l'acheter et de son côté, le maire préférait peut-être voir cet immeuble habité plutôt que de le laisser se dégrader.

Il faut attendre la séance du conseil municipal du 1er août 1834 pour connaître le devenir de cette habitation :

"le maire donne lecture d'une réclamation de M. de Conseil relative à la maison située rue d'Office qu'il a acquise à la ville par adjudication en date du 1er juillet 1833.

Un membre propose l'ordre du jour conte la demande de M. de Conseil. L'ordre du jour, mis aux voix, est rejeté à une majorité de 7 voix contre 5.

Le conseil, après en avoir délibéré, déclare s'en référer à l'acte d'adjudication ci-dessus énoncé par lequel M. de Conseil est subrogé à tous les droits de la ville et sans réserve. Cette délibération est prise à la majorité de 10 voix contre 2."

Il est dommage qu'on ne connaisse pas l'objet de la réclamation ; peut-être faute de n'avoir pas pu trouver un autre immeuble, M. de Conseil s'est-il résolu à acheter celui-ci. Il faut patienter jusqu'en avril 1875 pour découvrir que "l'immeuble municipal du n° 8 de la rue de l'Office avait été acheté par M. de Conseil par procès-verbal d'adjudication administrative dressé à la mairie le 1er juillet 1833, pour 8 900 francs payés à la caisse municipale les 1er et 3 février 1834." De Conseil aura donc réussi à gagner 100 francs. L'acte de vente d'avril 1875 établit la description de l'immeuble : "A vendre de gré à gré grande et belle maison, composée de cave, caveau sous terre, corridor, cuisine, office, salle à manger, salon, remise, écuries au rez de chassée. Au premier étage, 5 chambres et 5 cabinets de toilette. Au deuxième étage, 3 chambres, 3 mansardes et grenier sur le tout. Un joli jardin derrière la maison". On peut observer qu'il s'agit d'un immeuble spacieux et moderne. A cette époque, rares étaient les maisons disposant d'un cabinet de toilette par chambre !

En 1834, l'immeuble est signalé avec 25 portes et fenêtres pour un impôt foncier de 254,97 francs et un loyer d'habitation, correspondant sans doute à notre taxe d'habitation actuelle, de 180 francs. En 1837, le nombre de portes et fenêtres passe à 30. S'agit-il d'une surélévation ou de l'achat d'une maison contiguë ? L'impôt foncier s'élève alors à 285,13 francs et le loyer d'habitation à 280 francs. L'augmentation de 100 francs est considérable et pourtant le prix continue à grimper puisqu'il passe l'année suivante à 300 francs pour atteindre 500 francs en 1839. Ces augmentations d'impôts n'empêchent pas De Conseil de continuer à agrandir son "home" jusqu'en 1840 où il déclare 33 portes et fenêtres. Le foncier s'élève alors à 345,13 francs. En 1842, le foncier est identique mais le loyer d'habitation descend à 340 francs. Que s'est-il passé pour que la baisse soit si substantielle ? Sans doute De Conseil a-t-il tout simplement réussi à obtenir une révision de sa taxe d'habitation. Peut-être en outre, y a-t-il un rapport entre le fait que l'administration des télégraphes est redevable de 243,60 francs de taxe foncière en 1840 pour l'immeuble de la nouvelle direction située boulevard du Sud et le fait que l'habitation de De Conseil cesse de servir de direction...


La famille De Conseil est bien aidée dans ses tâches quotidiennes et dans l'entretien régulier de son logement. Elle dispose en effet de trois serviteurs à temps plein dont l'un est domestique et les des autres servante et cuisinière, ce qui atteste d'un certain standing.

Une dépêche télégraphique datée du 15 novembre 1840, faisant état « que la Duchesse d'Orléans est accouchée du Duc de Chartres » confirme que De Conseil était toujours en service à cette date. Par contre un acte notarié de février 1841 nous apprend que Jules, César, Hyacinthe Lair est directeur des télégraphes à Avranches après avoir exercé ces fonctions à Perpignan. On peut donc en déduire que De Conseil a pris sa retraite le 31 décembre 1840 et que Jules Lair l'a remplacé le 1er janvier de l'année suivante. Peut-on pour autant en conclure que la mise en service officielle de la nouvelle direction a correspondu avec l'arrivée de Jules Lair ? N'est-ce pas De Conseil qui le premier, a étrenné le nouvel immeuble ? D'ailleurs la taxe d'habitation de 500 francs qui lui échoit en 1839 ne correspond-elle pas à l'addition de la taxe de son lieu d'habitation et de celle de l'immeuble de boulevard du Sud ?

A la fin de 1832, le seul et unique poste télégraphique en fonctionnement est celui du donjon dont les servants sont Pierre François Besnier, né le 9 juillet 1802 à Roz sur Couesnon en Ille et Vilaine et Jean Baptiste Perrodin né le 14 mars 1795 à Saint James et à qui la ville d'Avranches loue une maison à trois ouvertures.

La suppression de la direction d'Habloville au bénéfice de celle d'Avranches oblige l'administration à muter une partie de son personnel. C'est alors que l'ornais de Durcet, Pierre Duval suit De Conseil, accompagné de son épouse et de ses deux fils Pierre, 22 ans et François, 18 ans qui suivant les traces de leur père, deviennent également stationnaires. On trouve aussi Emmanuel, Alexandre, Désiré Lambert né en 1807 au Bosc Renoult (Orne), ainsi que son épouse. Le couple aura deux enfants à Avranches : Zahire et Emma ; on trouve encore Pierre Marin Foucher, originaire de Landigou, suivi plus tard par ses frères François et Felix.

De Conseil était assisté de deux inspecteurs. Le premier est Adolphe, Charles Sellier qui sera présent jusqu'en 1837. Le second est peut-être Gustave d'Hauterive. En 1837, 1'un et l'autre sont remplacés par Auguste, Joseph Marie Kermabon, jusqu'en 1839 et Pierre, Marie, Léopold Lespagnol de Chanteloup, né à Reims le 9 septembre 1812. Le dernier semble avoir été hébergé chez les De Conseil, aussi n'est-il pas surprenant qu'il se soit éprit de leur fille aînée Antoinette avec laquelle il convolera le 5 septembre 1837. Il quittera Avranches en 1847 pour devenir le responsable du poste de Béhobie.

Un autre inspecteur a servi quelque temps sous les ordres de De Conseil, Alfred de Vimont, né le 31 mai 1811 à Brest où son père était directeur du télégraphe. Il est nommé à Avranches dons le courant de l'année 1838. En 1839, il payait une taxe d'habitation de 50 francs qui est passée à 80 francs en 1843 pour le logement qu'il occupait boulevard du Sud, non loin de l'habitation de sa future épouse, mais ceci est une autre histoire. Ajoutons qu'il disposait également d'un domestique.

Dix-huit mois après sa mise à la retraite, De Conseil a eu la douleur de perdre sa fille Anne alors âgée de 25 ans. Il a cependant connu le bonheur de voir naître trois garçons chez Antoinette. Le 12 mai 1850. Auguste De Conseil, âgé de 76 ans, quittait cette terre. Sa veuve a occupé leur maison de la rue de l'Office jusqu'à son décès le 8 mars 1875. C'est alors que les héritiers, ses petits-fils, ont vendu cette toute première direction télégraphique.

En juin 1944, Avranches a subit les affres des bombardements alliés, la moitié de la rue d'Office en est victime ainsi probablement que cet immeuble.

Parmi les agents qui ont travaillé à Avranches avec De Conseil, aux noms cités plus haut on peux ajouter les suivants : "François Trochon, Pierre Boulard, Jean Breillot, Adolphe Carré, Edouard Desserouet, François Foucher, Pierre Graindorge, Victor Hardy, Pierre Lemoine, Hyacinthe Mulon, André Mulot, Jean-Jacques Vaudon et Auguste Provost dont la carrière est un exemple de promotion sociale puisqu'il a débuté dans le service télégraphique en tant que stationnaire au poste de la Bruyère au Bouin et l'a terminée en tant que directeur divisionnaire.

Le nombre important d'agents était motivé par le fait qu'il y avait alors quatre postes télégraphiques à fonctionner et peut-être un service piétonnier à assurer entre ces postes et le domicile du directeur chargé de coder et de décoder les dépêches.

Pierre PRIEUR

Index des illustrations :

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